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Corrèze en plein coeur

Village de Gimel-les-Cascades


19800 - Gimel-les-Cascades



    

    Les cascades de Gimel tiennent une place particulière dans l'histoire de la protection des sites au titre du paysage. Premier site classé en Corrèze au titre de la loi de 1906 qui vise à protéger les «propriétés foncières dont la conservation peut avoir, au point de vue artistique ou pittoresque, un intérêt général», il suit de peu le premier du Limousin: les gorges du Verger en Creuse. deux mois plus tôt, le 20 mars 1912. Au les rochers de l'île de Bréhat constituent le premier classé de France, dès le 13 juillet 1907, donc les sites limousins.

   

  Cette loi de 1906 cependant «organisant la protection des sites et monuments naturels de caractère artistique», la plus ancienne des lois en faveur de l'environnement était largement précédée par la loi de 1887, première loi à caractère patrimonial établissant le statut de « monument historique» et la fonction d'« inspecteur général» dont Prosper Mérimée (1803-1870) est le plus célèbre représentant. Les mouvements artistiques, de même que les sociétés touristiques, pèsent de tout leur poids afin que soient également prises en compte les beautés naturelles des paysages français. C'est ainsi qu'à partir de 1898, plusieurs «monuments naturels» furent classés au titre de la loi de 1887. Le premier d'entre eux fut celui des cascades de Gimel, qui est donc bien le premier «site» protégé en France.

  Ce n'est qu'en 2000 que la protection a été étendue sur une importante superficie, au titre de la loi de 1930 cette fois, qui a rénové la loi de 1906 en lui apportant de notables améliorations. Les critères retenus pour une protection ne sont plus uniquement artistiques ou pittoresques, mais peuvent être également historiques, scientifiques ou légendaires. Outre l'intérêt pittoresque qui est indéniable, le site des cascades de Gimel répond également aux autres critères.

  Intérêt historique et artistique

  Gaston Vuillier (1845-1915), illustrateur, écrivain et voyageur, s'est installé à Gimel en 1891. Peut-être avait-il eu connaissance du lieu par George Sand qui, ayant vu des photographies prises par Mathieu Bone, écrivit: «Je vois que ce pays est pittoresque autant que bien d'autres que l'on va chercher beaucoup plus loin. La vue qui annonce la troisième chute est d'un grand effet théâtral», ou peut-être avait-il lu la description admirative d'Abel Hugo dans France pittoresque publié en 1835. Conquis par le site, Gaston Vuillier décida de s'y fixer et de faire connaître ce lieu exceptionnel en facilitant l'accès aux cascades par l'aménagement mesuré d'un sentier cheminant dans un parc paysager aux essences variées de feuillus et de résineux plantés en sujets isolés. Puis il fit construire un restaurant, le Pavillon des Eaux Vives, en face de la première grande cascade. Il obtint en 1909 le Grand Prix du Paysage, décerné par l'Association de l'Arbre et de l'Eau présidée par le scientifique Paul Garngou-Lagrange (1855-1927). Mais en 1912, le projet industriel de créer une micro-centrale en détournant le cours de la Montane en amont des cascades, proposé par l'industriel allemand Streubel et soutenu par les habitants de Gimel et le conseil municipal, provoqua une vive réaction de Gaston Vuillier qui décida de déployer toute son énergie pour s'opposer au projet. Soutenu par le Club Alpin, la Société des Artistes Français et le Touring Club de France, il réussit à faire prononcer le classement du site le 23 mai 1912.

  Gaston Vuillier mourut à Gimel en 1915. Il fut enterré dans le cimetière au-dessus de Braguse, en compagnie de «l'éternelle rumeur de l'eau». Il laissa une œuvre impressionnante sur Gimel et son pays, visible en grande partie au musée du Cloître à Tulle, ainsi qu'une série d'articles dans Le Tour du Monde parus en 1889, 1893 et en 1901. Outre Gaston Vuillier, véritable inventeur du site, de nombreux artistes tels William Didier-Rouget, Gaston Brun, Pierre Lissac, Prosper Galerne, Jacques-Louis David, Paul Hallez ou Gaston Anglade firent de Gimel le sujet de leurs toiles. Les romanciers, quant à eux, trouvèrent à Gimel un lieu incomparable pour développer des actions romanesques hors du commun. Marcelle Tinayre - née à Tulle en 1870 -notamment situe à Gimel l'action de son roman L'Ombre de l'amour, et y décrit à la fois les cascades dans leur état « sauvage» et leur transformation suite à l'achat du domaine par «le monsieur de Pans» - il s'agit en fait de Gaston Vuillier.

  Intérêt scientifique : botanique et archéologique

  La vallée de la Montane, en aval du pont de Brach sur la D26 jusqu'à Gimel, et la forêt de Chadon ont été retenues par l'inventaire du Muséum d'histoire naturelle comme zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF). Cette vallée en gorges aux pentes boisées offre un milieu naturel préservé de toutes activités humaines, ce qui en fait un refuge privilégié pour la faune et la flore. De plus, cette ZNIEFF présente un intérêt écologique avec de nombreuses plantes protégées au niveau régional. Elle a de ce fait été classée en zone spéciale de conservation (ZSC) au titre de Natura 2000. Aux abords du site sont à signaler les vestiges d'une villa gallo-romaine à La Cheynie ainsi qu'une importante concentration de tumuli dans la ceinture nord, est et sud de l'étang de Ruffaud. La chapelle de Braguse comprend un habitat médiéval important dont il subsiste les substructions des maisons. De plus, les anciennes voies d'accès au site de Braguse constituent un témoignage de l'activité humaine dans ces lieux sauvages. Enfin, la voie romaine passait à l'emplacement actuel de la D 1089.

  Intérêt légendaire

  Les légendes de Gimel sont peuplées de sylphes, de korrigans et de loups-garous qui hurlent au sommet de Braguse. Parfois, quand l'hiver approche, surgit a grand bruit la chevauchée du roi Arthur, partant pour la chasse avec sa horde de cavaliers géants, de lévriers et de pages qui disparaissent soudainement et avec fracas dans l'Inferno.

  Certains soirs, une dame blanche passe par-dessus les cascades en mémoire de ses amours dans le château haut. C'est grâce à elle qu'existent le château, les cascades, le gouffre : ils auraient été créés pour la séduire par un magicien amoureux. Mais la belle n'écoutait que les chants des troubadours et des ménestrels, ne regardait que d'autres hommes... jusqu'à ce que, fou de jalousie, le mage la fasse disparaître à jamais, ou presque : lorsqu'elle revient parfois, on peut la voir franchir la porte ogivale, puis entendre les chants des troubadours Bernard de Ventadour ou Guilhem del Biars, son contemporain. La protection édictée en 2000 comporte plusieurs éléments : les cascades elles-mêmes, depuis longtemps renommées et protégées, la vallée de la Gimelle en amont et en aval des cascades, le bourg de Gimel et ses hameaux, enfin les puys formant l'écrin de ce site admirable.

  Les cascades

  À 8 km au nord-est de Tulle, les cascades de Gimel, offrant un dénivelé de 143 mètres et un débit de deux mètres cubes par seconde, représentent un des sites les plus fréquentés du Limousin. Entourées des gorges de la Montane et situées dans un cadre exceptionnel, elles sont au nombre de trois et constituent ensemble les plus grandes cascades de la région.

  Le site est toujours privé, mais reste ouvert à la visite - l'entrée est payante. Dans le bourg, le visiteur y accède parle Pont des cascades; de nombreux sentiers aménagés permettent d'admirer l'ensemble des trois grandes chutes d'eau. La cascade supérieure, communément appelée « Le Saut», prend sa source entre la colline du château haut sur le versant droit et le Rocher de la Vierge sur le versant gauche. Elle emprunte une gorge verticale qui serpente sur 45 mètres de haut environ avant d'atterrir dans une masse d'éboulis rocheux arrachés de la paroi par les eaux et sur laquelle la cascade se divise en trois rebonds successifs, qui n'en forment plus qu'un lorsque le débit augmente La deuxième cascade, dite «La Redole», jaillit entre deux rochers et se jette dans une «cheminée» qu'elle emprunte sur la moitié de sa chute. Vingt mètres plus bas, elle se déverse dans une immense et sombre vasque circulaire, puis poursuit sa descente vers la troisième cascade. La dernière, nommée «la Queue de Cheval», présente a peu près les mêmes caractéristiques que la deuxième et chute de 25 mètres de haut pour rejoindre et alimenter «l'Inferno», gouffre de l'enfer situé en aval. Ces magnifiques cascades restent indissociables visuellement du village aux maisons alignées en bordure de la faille où la Montane chute de manière vertigineuse.

  Le bourg et les hameaux

  Le bourg de Gimel est entouré sur trois côtés par les gorges de la Montane. Site défensif protégé naturellement par la profondeur des gorges, il était accompagné à l'est par le château bas, lui-même prolongé par un fossé et un ensemble de maisons fortes. C'était le plus ancien des châteaux de Gimel et en son enceinte se trouvait la première église du bourg. Il fut entièrement détruit à la fin des guerres de Religion et seules sont visibles les traces d'une entrée fortifiée à proximité de la maison à petit perron et croix, construite au bas de l'emplacement du château. Construit à la fin du XIVe siècle, le château haut, qui complétait la défense de l'éperon en amont des cascades, se dressait sur une éminence rocheuse. Il ne subsiste aujourd'hui que d'importants murs et remparts ainsi qu'une porte en tiers-point et un départ d'ogives.

  L'église ayant été détruite lors de la démolition du château bas, l'actuel édifice religieux, fondé en 1486, présente une construction homogène et rectangulaire terminée par une abside et couverte en lauzes. C'est dans son clocher, aux murs rectangulaires percés de quatre baies campanaires rehaussées d'un entablement horizontal formé de cinq assises de dalles disposées en talus, que réside l'intérêt principal de cet édifice: il s'agit d'un modèle caractéristique de l'architecture religieuse rurale du Limousin. Elle renferme en outre la châsse de saint Etienne de Braguse, trésor remarquable daté du XIIe siècle et orné d'émaux de Limoges, ainsi que le buste-reliquaire de saint Dumine remontant au XIVe siècle.

  Le bourg de Gimel possède des maisons fortes, hautes de deux étages et dont les murs ont été peu ouverts à l'exception de meurtrières et de canonnières; les grandes fenêtres ont été percées postérieurement. Quelques demeures du XVIe et du XVIIe siècle présentent des ouvertures finement moulurées qui témoignent de l'ancienne prospérité de Gimel. Le côté est du bourg allie maisons hautes couvertes d'une toiture à quatre pentes et maisons basses aux toitures à deux pentes avec lucarnes. D'ailleurs, l'harmonie de l'ensemble tient beaucoup à la qualité des matériaux utilisés, lauzes ou grosses ardoises en écaille. Le site de Gimel comprend un certain nombre de hameaux - L'Estuflet, Pailler, Touzac - dont le plus intéressant, tant au niveau historique qu'architectural, est sans conteste celui de La Bachellene qui regroupe des maisons datant du XVIIIe siècle, ordonnées autour d'une cour pavée où se trouvent la fontaine et l'abreuvoir.

  La vallée de la Gimelle

  En aval de Gimel, la Montane prend épisodiquement le nom de «la Gimelle». On parle alors indifféremment de la vallée de la Gimelle ou des gorges de la Montane. Celles-ci sont enchâssées dans une vallée évasée très boisée et sauvage au pied du puy de Chadon. Se présentent alors les cascades du Moulin de la Gour, constituées d'une première chute de trois mètres environ, suivie d'un corridor rocheux de 50 mètres de long fermé en amont par une deuxième cascade type «queue de cheval» de sept à huit mètres. La Gour laisse place à un secteur homogène, qui présente des blocs rocheux dans le lit formant ça et là des rapides. Le versant droit, exposé au sud, est occupé par une ancienne lande à bouleaux à laquelle succède en amont un bois de chênes et de châtaigniers. Quant au versant gauche, exposé au nord, il est boisé de charmes, de gros chênes et de hêtres. De nombreux pointements rocheux de toutes tailles en versant, bien végétalisés, rendent la promenade agréable bien que le parcours soit difficile en l'absence de sentier. Plus loin, le seau du Mas laisse place à la confluence dt seau de Mars, signalée par une barre rocheuse et une petite cascade sur le ruisseau. Après une section encaissée, on découvre une île boisée au contact d'un gour de 20 à 30 mètres de diamètre où se jette une belle cascade de sa quatre mètres, entourée d'un petit verrou a cascade de Braguse. Ce secteur est dominé par la silhouette de la chapelle Saint-Etienne-de-Braguse et une très belle vue du versant droit s'offre au visiteur à partir d'une dalle rocheuse située sur les falaises du Bois de l'Évêque, sur le versant gauche. La promenade se poursuit dans une section très resserrée, boisée et très rocheuse. La progression est difficile puisque, partant du versant gauche et continuant en bordure de rivière, le visiteur finit par buter sur la grande falaise infranchissable de la rive gauche qui fait suite à de petites cascades. Après un parcours en rive droite sur 100 à 150 mètres, il est possible d'accéder à l'ancien pont, puis à une grande falaise côté rive droite par laquelle tombe la grande cascade dite «Queue de Cheval». Il convient alors de traverser pour rejoindre les sentiers du parc Vuillier.

  En amont, st la vallée de la Montane qui domine en amont les cascades. Elle est composée d'une suite pittoresque de chaos rocheux qui forment de nombreux rapides associés le plus souvent à des falaises de rive ou de versant dont certaines sont coiffées de roches perchées. Ici, les gorges sont en granité contrairement aux gorges en micaschistes de l'aval.

  La chapelle de Braguse L'accès se fait à partir de la D53E, à proximité du cimetière, par un ancien chemin bordé de murets de pierres sèches. Le parcours aller dure environ 1h30. Dans un site pittoresque et sauvage, les vestiges de l'église se dressent sur un éperon rocheux, proche de la troisième cascade, en surplomb au-dessus de l'Inferno.

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  Très prochainement, ici, la liste des lieux à visiter dans le détail.